Internement administratif, rééducation au travail et reproduction sociale des inégalités

Le travail revêt une importance fondamentale dans le dispositif d’internement administratif. Il est à la fois un moyen de financer l’internement, puisque le modèle économique des établissements prévoit que le travail des pensionnaires couvre les coûts de leur fonctionnement, et un outil de (ré)éducation. Les personnes internées sont en effet sanctionnées pour le mode de vie et/ou leur rapport au travail, considérés comme inadéquats. L’internement administratif trouve son origine dans un projet social, dont la vocation est de (re)façonner des individus productifs, largement inspiré des courants philanthropiques de la réforme sociale du 19e siècle, qui cherchent à éliminer une pauvreté considérée comme coupable parce qu’elle touche des personnes aptes au travail. Elle rencontre une préoccupation majeure des autorités responsables de l’assistance (les communes dans la plupart des cantons) qui craignent d’être submergées par des « paresseux/ses » et des « fainéant·e·s ». Il s’agit de leur apprendre à travailler régulièrement et à adopter une attitude disciplinée.

Comment s’opère au quotidien cette transformation ? Quels types de travail sont envisagés ? Est-ce que la double vocation du travail dans les espaces d’internement provoque des tensions, ou est-ce qu’au contraire l’objectif financier s’accorde bien avec l’inculcation de valeurs laborieuses ? Est-ce que le travail accompli et les normes à transmettre sont identiques pour les femmes et les hommes ? Le travail des unes et des autres a-t-il la même valeur ?

Cette contribution montrera comment le travail en internement constitue un puissant outil de discipline sociale visant à imposer davantage des savoir-être que des savoir-faire à travers la « rééducation au travail par le travail ». Elle analysera comment il devient, ce faisant, un vecteur de la reproduction des inégalités de genre et des hiérarchies sociales.

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