La matérialité de la vision du travail. Configurations socio-techniques et transformations de l’environnement du travail dans une mine d’uranium française (1950-2010)

L’industrie de l’uranium commence en France à la fin des années 1940, dans le but de produire l’arme nucléaire. La première particularité de cette industrie est donc son caractère hautement stratégique. Cette industrie est aussi marquée par la radioactivité et la toxicité qui caractérisent tant la matière première exploitée que l’environnement de travail dès la première étape de la filière: l’extraction minière. Travailler dans une mine d’uranium, c’est être au contact d’un environnement dont la radioactivité «ambiante» est non seulement naturelle mais aussi renforcée par l’activité industrielle. Mais celle-ci est une menace invisible et inodore: le risque radiologique est caractérisé par son opacité, par son caractère non-immédiat, euphémisé voire ignoré. De fait, face aux dangers immédiats du travail minier, à commencer par les risques d’éboulements et de chutes, la radioactivité n’est pas pour les mineurs d’uranium la principale inquiétude sur le front de taille. Nous souhaitons ici examiner comment la vision du travail et de l’environnement minier s’est construite, en interdépendance avec la perception même de ces risques par les mineurs et de l’évolution de l’organisation et des techniques d’exploitation minière de l’uranium. Nous montrons ici que «la matérialité» caractérise, dans le temps long, la vision du travail de l’uranium, et comment cette matérialité et sa perception se transforment au gré des mutations techniques, organisationnelles, spatiales et plus largement sensorielles du travail de cette matière première, de l’ouverture des premières mines jusqu’à leur fermeture et mise en «surveillance environnementale».

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