Le Kulturkampf, une guerre des biens ?

Le Kulturkampf, souvent traduit par guerre pour la culture, est aussi une guerre financière. Le salaire des prêtres et des pasteurs est un des enjeux majeurs de la gestion des rapports entre Eglises et Etat dans la seconde moitié du XIXe siècle en Suisse. Tout comme l’est la question de la propriété des églises et des temples. Le financement du personnel ecclésiastique a alors de fortes implications politiques et génère de fait une immixtion de l’Etat dans les affaires des Eglises. Considérés comme fonctionnaires, les prêtres et pasteurs voient se transformer leur cahier des charges au fur et à mesure de la mise en place de l’Etat enseignant au XIXe siècle. Les radicaux attendent alors des Eglises qu’elles servent leur projet éducatif national. Ainsi, de manière frappante, les points de rupture en politique ecclésiastique correspondent en Suisse – mais aussi à l’échelle européenne – à la mise en place de l’école publique et obligatoire. A travers les exemples des cantons de Genève et de Berne, cette communication propose une relecture du Kulturkampf sous l’angle de la gestion et du transfert des biens ecclésiaux. A Genève, par exemple, le Kulturkampf amène la rupture définitive entre Etat et Eglise catholique romaine par la suppression du budget des cultes en représailles au refus des prêtres de se plier aux nouvelles lois sur le culte. A partir de 1873, l’Eglise catholique romaine se trouve séparée de l’Etat. Seules sont financées les Eglises protestante et catholique-chrétienne. La liberté religieuse des catholiques romains n’est pas pour autant niée durant le Kulturkampf mais le culte doit se faire sans argent public. Dans le même temps, cette communauté perd – mais pour un temps seulement – la possession de nombre d’églises, c’est-à-dire non seulement sa richesse patrimoniale mais aussi sa visibilité et son insertion au cœur des villages.

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