Les marchés du lait. Débats et controverses historiographiques

A partir du programme de recherche FNS « Lactation in History » il sera question ici de problématiser certaines approches autour de l’histoire de l’allaitement qui trouve une place importante dans la réflexion féministe tout particulièrement dans la controverse autour de la maternité entre les courants du féminisme essentialiste et universaliste. De ce fait, à de rares exceptions près, l’allaitement est souvent abordée par une approche qui naturalise le corps des femmes dans une série de dichotomies : femme / mère, travail / famille, instinct / raison, nature / culture, etc. C’est là que les notions d’échanges, dons et marchés, permettent d’analyser à la fois la construction des dispositifs normatifs qui gouvernent la première nutrition et les pratiques d’un « marché du lait féminin » et de ses substituts. Il s’agira avant tout de replacer les controverses médicales pro et contre allaitement maternel dans une perspective historique large, contextualisant la naturalisation d’un certain type d’allaitement : celui par la mère du nouveau-né. On pourra ainsi considérer les savoirs sur l’allaitement comme des hybrides culturels et interroger la séparation entre les savoirs des experts et ceux des non experts ainsi que la constitution d’une hiérarchie qui s’est imposée à un moment donné, comme par exemple la promotion, sous couvert de neutralité et d’objectivité, de compétences scientifiques sur l’allaitement et la santé de l’enfant. En suivant cette démarche, il s’agira de comprendre par quels mécanismes, en un lieu et en un contexte historique déterminé, l’allaitement féminin prend la forme d’une exploitation corporelle – par exemple celui des nourrices esclaves -, d’un travail rémunéré - celui des nourrices professionnelles - ou d’un travail reproductif non reconnu en tant que tel : celui des mères.

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